Blossom Creek – Chapitre 1

Blossom Creek - ebookBilly pédalait de toutes ses forces et manqua à plusieurs reprises de s’étaler sur le petit sentier qui menait à la propriété du vieil homme. Il savait que ce dernier allait le réprimander pour son retard. Mais était-ce sa faute si Mademoiselle Stevens avait retenu la classe plus longtemps que prévu, sous prétexte de les présenter au professeur qui la remplacerait après son départ à la retraite ? Il voyait déjà les veines de son vieux cou palpiter sous la rage, alors qu’une mousse blanchâtre viendrait immanquablement s’accumuler au coin de sa bouche. Billy chassa cette image de son esprit et se redressant, donna une dernière impulsion à son vélo qui dévala les derniers mètres du sentier menant au pont en bois couvert construit il y a plus de cent ans, fierté de Blossom Creek.

Il ne prit pas le temps de ranger son vélo, l’abandonnant à même le sol, avant de se précipiter en direction du vieux hangar.

— Monsieur Pope ! Désolé du retard ! cria-t-il en repoussant les deux énormes battants de la porte au bois complètement envahi par les termites. Monsieur Pope ?

Billy inspecta l’imposant bâtiment qu’il était venu aider à nettoyer.

— Pffff… souffla-t-il en constatant l’ampleur de la tâche qui l’attendait. Monsieur Pope ?!

Soudain, un chiot fit son apparition et se précipita dans les jambes du garçon.

— Tiens, tu es qui toi ? Tu n’étais pas là la dernière fois.

Pour toute réponse l’animal s’assit sur son séant, la queue frétillante.

Billy prit la direction de la maison, suivi de près par le petit chien et tapa discrètement sur le carreau de la porte. N’obtenant pas de réponse, il frappa plus fort, sans plus de succès. Le jeune garçon contourna la construction et en inspecta l’intérieur par les fenêtres dont les volets étaient entrouverts. Arrivé devant celle de la chambre du vieil homme, il le vit allongé sur le lit, l’air profondément endormi.

— Monsieur Pope ?

Le chien se mit à aboyer furieusement en effectuant des petits bonds pour atteindre le bord de la fenêtre. Le vieillard ne bougea pas d’un cil. Billy jeta un œil à sa montre et décida de commencer sans l’aide du propriétaire. Ce dernier le rejoindrait une fois sa sieste achevée, et peut-être ne se rendrait-il même pas compte de son retard.

Billy sortit de son sac à dos une paire de gants épais. Pas question de se blesser sur ce tas de cochonneries que le vieillard avait accumulé tout au long de sa misérable vie ! Il commença par sortir les cageots vermoulus et les entreposa pêle-mêle au milieu de la cour sous le regard attentif du chiot, avant de se saisir d’un marteau et de les réduire en morceaux qu’il entassa avec soin. Puis il s’attaqua à un tas de ferraille dont l’utilité lui échappait complètement.

La chaleur eut raison de son acharnement. Billy ôta ses gants et vérifia l’heure. Bientôt deux heures qu’il travaillait sans relâche et toujours aucun signe du vieux Pope. Il décida de vérifier si l’homme s’était enfermé avant d’aller s’allonger. Effectivement, la porte donnant sur la cuisine n’était pas verrouillée. Billy se servit un verre d’eau fraîche au robinet de l’évier encombré de vaisselle sale et risqua un œil en direction du couloir. Le chien s’était posté face au vieux réfrigérateur datant des années soixante et lui jetait des regards suppliants. La porte de la chambre était entrouverte et, de là où il se tenait, Billy pouvait apercevoir les pieds du vieillard qui dépassait de la couverture. Il haussa les épaules, finit son verre d’eau et retourna dans le hangar accompagné de son nouvel ami à quatre pattes.

L’après-midi touchait à sa fin lorsque le jeune garçon, le dos courbaturé, ôta ses gants et constata avec une pointe de fierté la quantité de travail qu’il avait été capable d’abattre seul.

Il se rendit pour la deuxième fois dans la cuisine, seul cette fois-ci, le chiot ayant disparu un peu plus tôt et, un verre d’eau à la main, il décida qu’il était temps de réveiller le croulant paresseux. Pas question de rentrer à la maison les mains vides. Le vieillard avait promis de le payer pour son travail, et Billy comptait bien lui rappeler sa promesse.

— Monsieur Pope ? se risqua-t-il à voix basse. Il va bientôt faire nuit et je dois rentrer maintenant. Monsieur Pope ?!

Billy, qui n’osait franchir le seuil de la porte, remarqua à ce moment-là que le vieillard portait un pyjama et non pas sa sempiternelle salopette. Il lui était déjà arrivé de le surprendre au lit en plein après-midi, mais jamais en pyjama. Cette constatation lui fit une drôle d’impression.

— Euh… Monsieur Pope ? Vous êtes malade ?

Billy inspira profondément et pénétra dans la chambre.

— Monsieur Pope… je…

Le jeune garçon prit son courage à deux mains et s’approcha du lit. Le teint du vieil homme était d’un jaune cireux et Billy déglutit en apercevant un amas blanchâtre au coin de ses lèvres entrouvertes. Il retint sa respiration et lui effleura avec dégoût l’épaule du bout des doigts, puis de plus en plus fort.

— Monsieur Pope…

Billy agrippait maintenant l’épaule du vieillard et le secouait de toutes ses forces. Le bras droit de l’homme, qui jusqu’à présent se tenait sur son ventre, glissa lentement avant de heurter brusquement le genou de Billy. Le gamin poussa un cri strident et lâcha le verre qui se brisa au sol. Sans demander son reste, il détala comme un lapin, enfourcha son vélo sans prendre le temps de ramasser son sac à dos et, rassemblant toutes ses forces, pédala furieusement afin de mettre le plus de distance entre lui et le cadavre.

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